Tuesday, October 10, 2017

Avis de parution : SURSIS - micro-fictions poétique et collages de Cathy Garcia

Couverture de Sursis de Cathy Garcia

Treize micro-fictions poétiques, bizarres, décalées, dérangées….

Dérangeantes ?


« Je l'observe avec étonnement et soudain, je vois ses lèvres venir s'écraser contre le rempart de verre et son regard virer au gris. Je la vois se retourner sur elle-même, cette crispation soudaine qui ne trompe pas. Je me demande l’espace d’un instant, si elle pourra obtenir rapidement son sursis, puis je m'éloigne, je voudrais profiter du mien. »


Dédale, collage de Cathy Garcia

Tirage numéroté, édité et imprimé par l’auteur
avec neuf collages papiers originaux réalisés par l'auteur
De cet ouvrage, est prévu un tirage de tête limité et numéroté à treize exemplaires avec illustrations en couleur le reste sera en noir et blanc
28 pages
sur papier 90g calcaire
couverture 250g calcaire
100 % recyclé


dépôt légal : octobre 2017

Le rire de l'attardé, collage de Cathy Garcia

15 € pour les treize exemplaires du tirage de tête
10 € pour le tirage en nombre
port offert jusqu'à fin octobre
chèque à l'ordre de :
Cathy Garcia
Létou
46330 St Cirq-Lapopie

Saturday, September 16, 2017

Deux poèmes dans Traction-Brabant 75

Patrice Matlaverne a publié deux poème tirés du recueil Civilisé (Urtica, juillet 2017) dans le dernier numéro de Traction-Brabant, la revue qu'il anime depuis... 2004, je ne sais plus. Peu importe d'ailleurs. En revanche, je sais qu'il m'est fidèle et que son "poézine" a toujours promu mes textes, et mg lorsque la revue existait. je reproduis ci-dessous l'incipit finissant du numéro 64 que j'ai trouvé sur le blog de la revue et que j'ai beaucoup aimé, partageant son esprit.
Traction-Brabant 12€ les 4 numéros. Contact p.maltaverne [at] orange [point] fr

Après les revues ou poézines (ils ont commencé à être appelés comme ça plus tard), "Traces" (1962-2011), de Michel-François Lavaur, "Œil de fennec" (depuis 1981) de René Bourdet, "L'heure-tard" (1996-2006) de Didier Trumeau et "Noniouze" (1999-2002) de Roger Lahu, "Traction-brabant" (alias T-B), est né.
J'ai toujours fabriqué cette chose sur un bout de table, en prenant soin de lever la toile cirée, le but étant d'aller le plus vite possible en besogne : imprimer les textes, découper, coller les illustrations sans trop réfléchir - ceci est très important - et dans la foulée, m'enfuir chez le reprographe du coin et photocopier la maquette en cinquante exemplaires, revenir à ma tanière, agrafer ces exemplaires à toute berzingue, les glisser dans une enveloppe, me précipiter en sac à dos à la poste du coin, afin de réintégrer le plancher des vaches, car il ne faut pas rêver trop longtemps - c'est mauvais pour la santé.
Les choses n’ont guère évolué depuis, même si colles et ciseaux ont intégré l’espace de Word.
Le but est toujours de porter à bout de bras les exemplaires de T-B qui sont de plus en plus nombreux, et de les agrafer en moins de trois heures avant de préparer les envois.
Et miracle : à chaque fois qu’un numéro de « Traction-brabant » nait de mes mains, c’est comme lorsque de nouveaux légumes sortent de terre, ils ne sont pas parfaits, mais leur matérialité me lance un clin d’œil et je me dis : encore un numéro de fini, qui n’a pas une trop sale tronche.
Des fois, je me coupe la pulpe des doigts à force de tourner les pages d’une pile de feuilles non assemblées, mais il n’y a dedans rien de grave, car ça existe, c’est tout petit, presque chétif, rien à côté d’un Gallimard et d’une Pléiade, sauf que dedans respirent plusieurs personnes…Comme une preuve de vie voyante.
Et voilà ty pas, sinon ça serait pas drôle, qu’ils ont inventé l’Internet…Avec toutes ces publications qui y fleurissent, je me dis, c’est bizarre que ça ne leur manque pas plus que ça le contact matériel, ce toucher d’une vérité que l’on souhaite personnelle. Ce n’est pas possible. Dites-moi que je rêve ! Ça ne vous fait donc rien, cette mise à distance des choses ?
Pour tout intellectuel en manque de plaisirs, je serais bien tenté de proposer un traitement à base de rematérialisation des process…    P.M.

Monday, August 14, 2017

Civilisé désormais disponible

Painting by Norman J. Olson


J'ai écrit les premiers textes du recueil civilisé en 2005 sans savoir à l'époque qu'ils  seraient réunis dans ce recueil. Entre 2011 et 2015, je n'ai quasiment écrit qu'en anglais et j'ai publié 5 recueils en anglais toujours disponibles (Maore, From Mayotte [Lapwing Publishing], Carmine Carnival [Lazarus Media], Twelve Times Thirteen [Barometric Pressure -- Kind of A Hurricane Press], The Loss [Flutter Press] et Crossing Puddles [Robocup Press] tous écrits entre 2011 et 2014 et publiés en deux ans) et deux en français (Etranges anges anglais et Post Mayotte Trauma [mgv2>publishing] toujours disponibles)

Il m'a fallu faire pause et je n'ai pour ainsi dire rien publié et encore moins écrit depuis la fin de l'année 2015 jusqu'à maintenant. (Je viens juste de proposer quelques textes à des revues américaines dont un poème écrit ce mois-ci que je couvais depuis près d'un an).
Civilisé, renoue avec la noirceur des débuts, un style plus directs, des images aussi fortes que dans Les chants du malaise mais avec vingt ans de plus de maturité.

J'ai choisi une toile de mon ami Norman J. Olson avec lequel j'ai collaboré longtemps pour la revue mgversion2>datura et les éditions mgv2>publishing, qui en dit long et qui fait écho à l'état d'esprit dans lequel ces poèmes ont été écrits: un homme ventru, vieillissant, nu, plutôt déprimé, pâle, à terre, mais pas encore terrassé, toujours homme, ou viril, si l'on veut.

Ce recueil est disponible depuis le 1er juillet. 7€ frais de port inclus. Pour plus de détails me demander par mail wruhlmann@gmail.com


Extraits

L'immigrée

Tu veux parler des hommes et de leur queue tendue,
c'était il y a longtemps.
Cette instabilité,
douter toujours de tout,
c'était encore hier

La goutte d'eau a chu,
les vases ont débordé.
Ventre mou, ventre nu, la raison s'est enfuie ;
elle a quitté la zone.

Cherche encore un peu plus le besoin de bouger,
de hisser haut les voiles,
décoller, tout détruire,
pour tout recommencer.

L'autre fois, souviens-toi, tu parlais de Zelda.

Combien d'enfants bâtards a-t-elle eu depuis lors ?
Elle a fait de ta vie un bordel illusoire,
un chaos sans limite, sans coupure, sans même le savoir.

Si tu la croises un jour,
dans la rue, ou la nuit,
gifle-la,
elle saura dire pourquoi.

*****

Bons baisers d'Euphor

Sur le pavé, je voyais des formes étranges apparaître.
La tête de Spartacus
ou celle, plus enivrante, plus moderne aussi,
d'Actarus.

Les princes
qu'ils viennent de Thrace ou d'Euphor
ont toujours hanté mes matinées glacées,
mes nuits chavirées.

Plus tard
- beaucoup plus tard -
c'est par leurs rires que je me suis senti le plus entamé.

Les princes ont toujours eu la gorge ouverte
et les yeux ébahis
au lit.

Je voyais leurs ailes grandir
au même rythme que leurs sexes
qui s'étalaient autour de moi
un peu partout
en moi
sur moi
dans mes yeux et dans les nuages.

Je m'envolais aussi
loin de ce nid
pour rejoindre
en rêve
dans la salle de bain
les coloriages imaginés,
les petits graviers incrustés,
aux formes des princes bienheureux,
aux formes de princes ténébreux.

Nude in The Dune up at MadSwirl

The Swimming Hole (1884–85) by the American artist Thomas Eakins
A fresh poem written lately was published in the MadSwirl poetry forum. I brooded over it for a whole year. I just hope it won't take me as long to write another, and publish it.
Read it here

Saturday, July 8, 2017

Datacenter de Léonel Houssam: Nous sommes des morts-vivants dans le déni

Couverture de Datacenter. Photo de Yentel Sanstitre

« Je comprends le point de vue de certains qui m'invitent à écrire moins incisif afin de toucher un lectorat plus large, mais c'est un peu comme remplacer la lame d'une guillotine par une feuille de bananier, ça n'aurait plus de sens. Je n'ai pas à m'adapter à la sensibilité fragile de la plupart des lecteurs autrement je dresserais face au flux de mots qui dévalent de ma psyché un barrage de techniques narratives qui assécheraient le torrent. »

Hier sur l’une de ses pages Facebook, Léonel Houssam répondait ainsi à ceux qui lui indiquent quoi faire de son écriture pour gagner plus de lecteurs. Ceux-là n’ont rien compris. Léonel Houssam –  ou ses autres avatars, disparus – n’écrit pas sous la dictée, il ne s’embarrasse pas du goût du plus grand nombre, il le vomit justement. On n’entre pas dans un de ses livres comme dans n’importe quel autre, c’est aussi cela qui en fait un auteur à part, c’est ce qui est attirant pour les lecteurs qui le suivent depuis le début, ou du moins depuis longtemps.

Son dernier livre Datacenter est un récit fictionnel illustré des photographies de Yentel Sanstitre, artiste d’origine suisse. Que ce soit un choix de l’éditeur (les éditions du Pont de l’Europe) ou de l’auteur lui-même, toutes les photos sont placées au début du livre et servent de préface au récit qui suit. Elles nous présentent l’auteur, que la photographe met en valeur, sur fond de paysages urbains, littoraux, des objets parfois déroutants (un sac rempli d’eau, un zèbre empaillé, une seringue) et c’est à travers ces différentes vues que nous entrons dans l’univers gris et froid, déshumanisé du récit. 

Centré autour d’un personnage principal, Glam Del Rossi, le récit est en réalité un long monologue entrecoupé de quelques passages descriptifs et d’interventions des rares personnages secondaires. Del Rossi pourrait sans doute être l’un des avatars de l’auteur/narrateur et il est rassurant de se dire que Léonel Houssam a écrit ce texte plutôt que d’en accomplir les faits lui-même. Ce monologue est un flot de parole que seul le découpage en différents chapitres apaise succinctement.

Le propos de Glam Del Rossi : la ville, le pays (la France) et la société contemporaine sont les ramifications d’un seul et même monstre : le datacenter ou centre de données. Depuis plus d’une décennie, nous ne sommes pas dupes, toutes nos vies d’utilisateurs d’internet et des objets dits connectés sont aspirées et classées par les services de renseignement ou les corporations de différents pays à des fins de sécurité ou plus fréquemment commerciales. Nous ne sommes plus in incognito parce que nous le voulons bien et que nous valons notre pesant d’or pour ces gens-là.

Datacenter nous plonge dans les miasmes de la société moderne : consommation à outrance, déshumanisation irrévocable, noirceurs des esprits rendus mous, impassibilité des gens, surenchère de la violence… La violence de ce récit – il y en a – est là non pas pour être seulement mais bien pour dire, ou sous-entendre, que nous y sommes contraints – à la fois victimes et bourreaux – dans nos rapports à l’autre, dans nos parcours respectifs, de la naissance à la mort.

Lire les romans de Léonel Houssam, et particulièrement Datacenter, c’est accepter, toujours, de se voir dans un miroir, de voir la société sans filtre, sans édulcorant ; accepter que le déclin est là, que l’extinction, dont il s’est fait le témoin et le rapporteur insatiable, est inéluctable et que nous sommes mort-vivants non sans le savoir, mais dans le déni le plus ineffable.

Datacenter de Léonel Houssam. Editions du Pont de l’Europe. 12€

Wednesday, June 21, 2017

Civilisé nouveau recueil à paraître en juillet 2017

Painting by Norman J. Olson


J'ai écrit les premiers textes du recueil civilisé en 2005 sans savoir à l'époque qu'ils  seraient réunis dans ce recueil. Entre 2011 et 2015, je n'ai quasiment écrit qu'en anglais et ai publié 5 recueils en anglais toujours disponibles (Maore, From Mayotte [Lapwing Publishing], Carmine Carnival [Lazarus Media], Twelve Times Thirteen [Barometric Pressure -- Kind of A Hurricane Press], The Loss [Flutter Press] et Crossing Puddles [Robocup Press] tous écrits entre 2011 et 2014 et publiés en deux ans) et deux en français (Etranges anges anglais et Post Mayotte Trauma [mgv2>publishing] toujours disponibles)

Il m'a fallu faire pause et je n'ai pour ainsi dire rien publié et encore moins écrit depuis la fin de l'année 2015 jusqu'à maintenant. (Je viens juste de proposer quelques textes à des revues américaines dont un poème écrit ce mois-ci que je couvais depuis près d'un an).
Civilisé, renoue avec la noirceur des débuts, un style plus directs, des images aussi fortes que dans Les chants du malaise mais avec vingt ans de plus de maturité.

J'ai choisi une toile de mon ami Norman J. Olson avec lequel j'ai collaboré longtemps pour la revue mgversion2>datura et les éditions mgv2>publishing, qui en dit long et qui fait écho à l'état d'esprit dans lequel ces poèmes ont été écrits.

Un homme ventru, vieillissant, nu, plutôt déprimé, pâle, à terre, mais pas encore terrassé, toujours homme, ou viril si l'on veut.

Ce recueil sera disponible le 1er juillet. 7€ frais de port inclus. Pour plus de détails me demander par mail wruhlmann@gmail.com


Extraits

Nous évoluons dans un milieu septique


Il y a des moutons à cinq pattes et des cochons volants
en Angleterre.
Il y des poules avec des dents, des casses pieds, des entêtes, furieuses d'avoir été laissées tomber.
Elles sombrent dans les pieds de page sans fond, aux instincts glauques,
dans les instants trompeurs aux intestins fragiles.

La crasse balaie nos rayons bleus,
elle annihile l'espoir riant,
la coupe est pleine, elle se déverse en jus infâme autour des canapés brûlés.

J'écrase les mégots dans des tasses de thé,
je sens le gaz souffler à mes narines,
un air marin de pacotille.

Le ciel gris sur les monts enneigés,
neiges éternelles salies par les scories mentales des touristes cramoisis.

Fais-toi mouton de Panurge, gant de velours autour d'une main de fer,
fais-moi chavirer dans la pénombre des entrailles de la Terre.
Le soleil broie le corps émacié du corbeau,
il rôtira ce soir sur la grille de mon barbecue.

*****

Tu pues sapiens


Fallait-il cet objet flasque et moite,
impossible à toucher sans qu'il crève,
impossible à saisir sans qu'il glisse ?

Manquer de croire encore et, souvent,
imaginer l'éponge – la conscience de soi :
elle insuffle sans doute un contenu opaque
à sapiens.

Accroupi sous un sapin
où il écaille des fruits,
perdu, nu, gelé jusqu'à la moelle.

La montagne, un bercail incertain,
un havre navrant, blanchi soudain
et con
tant qu'il en est vomi

sur les chemins sinueux qui descendent en amont
des rivières, des cours d'eau, bouillonnants
superflus, aux crues gluantes et ternes.

Les odeurs indescriptibles,
les gymkhanas à skis, slaloms mollassons,
un cri fait écho à la forte puanteur,
un hurlement lugubre venu des aubes
des dernier survivants
humains :
tu pues sapiens !